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Bilan fourrager : faire ses comptes pour tenir jusqu'à la mise à l'herbe

Station météo Sencrop au bord d’une prairie d’élevage à l’automne, silo en premier plan
Station Sencrop 4G+ dans une prairie

Les ensilages sont terminés : c'est le moment de compter. La méthode du bilan fourrager en matière sèche, les leviers qui restent en automne et en hiver, et comment anticiper la mise à l'herbe.

Mi-octobre, les ensilages de maïs sont terminés et il n'y a presque plus de fourrage à récolter. Ce qui est dans les silos doit nourrir le troupeau jusqu'au printemps. La question devient : « est-ce que je tiens jusqu'à la mise à l'herbe, et sinon, combien me manque-t-il ? » Voici la méthode, puis les leviers qui restent.

En bref
• Un bilan fourrager compare les stocks et les besoins du troupeau, en tonnes de matière sèche (t MS), jusqu'à la mise à l'herbe ou jusqu'à la prochaine récolte.
• Les pertes au silo se déduisent : 5 % en bonnes conditions, 10 à 15 % en cas d'échauffement.
• En octobre, on ne produit plus de fourrage : il reste à en trouver, ajuster le troupeau et rationner.
• La fin de la période dépend de la date de mise à l'herbe, qui suit la somme des températures depuis le 1er février.
Point sur la situation – automne 2026
• Prairies : au 10 septembre, la pousse cumulée des prairies permanentes était environ 39 % sous la moyenne à cette date (Agreste).
• Maïs fourrage : production estimée en baisse de 26,7 % sur un an (Agreste, estimations au 1er août 2026).

Pourquoi faire son bilan fourrager maintenant ?

Parce que les stocks sont rentrés : vous comptez du réel, et non plus des estimations. La Chambre d'agriculture des Pays de la Loire place les décisions d'achat entre octobre et décembre, une fois le maïs récolté. Et selon l'Institut de l'élevage, plus les décisions sont prises tôt, moins elles sont brutales : découvert en février, un déficit ne laisse souvent que l'achat, au prix du moment.

Comment calculer son bilan fourrager
en matière sèche ?

Le principe tient en une soustraction : stocks disponibles (t MS) − besoins du troupeau (t MS), sur une période définie. On compte en matière sèche, car c'est la seule unité qui permet de comparer un foin, un enrubannage et un ensilage. La méthode suit celle des Chambres d'agriculture de Normandie.

  1. Définir la période : jusqu'à la mise à l'herbe, ou jusqu'à la récolte du maïs suivant si l'ensilage domine.
  2. Estimer les besoins, lot par lot : besoin journalier (kg MS/animal) × nombre d'animaux × nombre de jours.
  3. Chiffrer les stocks : on compte, on cube, on pèse. Exemple : 100 bottes de foin de 300 kg à 85 % de MS = 25,5 t MS.
  4. Déduire les pertes : environ 5 % en bonnes conditions de conservation, jusqu'à 10 à 15 % en cas d'échauffement.
  5. Lire le solde en jours d'autonomie : « il me manque 40 t MS, soit 25 jours pour le troupeau » parle plus qu'un pourcentage.
Les 5 étapes d'un bilan fourrager en matière sèche, de la période à couvrir au solde en jours d'autonomie
Le bilan fourrager en 5 étapes

Pour l'étape 2, les repères de la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire, à ajuster avec votre conseiller :

Repères d'ingestion moyens par catégorie (Chambre d'agriculture des Pays de la Loire)
CatégorieIngestion moyenne (kg MS/jour)
Vache laitière en production16 à 22
Vache allaitante suitée13 à 16
Vache tarie10 à 14
Génisse de 12 à 24 mois8 à 10
Jeune bovin9 à 12

Cette année, un maïs avec peu ou pas d'épi n'a pas la valeur d'un maïs normal : une analyse de fourrage évite de surestimer le silo.

Bilan déficitaire : quels leviers en automne et en hiver ?

Une fois les récoltes terminées, il reste quatre leviers. En polyculture-élevage, vos cultures (paille, céréales) offrent des marges qu'un éleveur spécialisé n'a pas.

Les leviers face à un déficit fourrager en automne et en hiver
LevierCe qu'il faut savoirSource
Trouver du fourragePaille ou maïs auprès de céréaliers, souvent rares et chers cette année ; coproduits de l'agroalimentaireInstitut de l'élevage
Remplacer le maïs manquantPour 100 vaches : environ 24 €/1 000 L avec du corn gluten, 33 €/1 000 L avec de la pulpe de betteraveBTPL
Ajuster le troupeauD'abord les vaches en fin de lactation destinées à la réforme, puis les génisses non indispensables : une génisse laitière consomme 5 à 7 t MS de la naissance au vêlageInstitut de l'élevage
RationnerQuantités pesées plutôt qu'à volonté ; les meilleurs fourrages aux vaches en début de lactation et aux animaux en croissanceInstitut de l'élevage

Attention aux décisions radicales : selon le BTPL, réduire de 20 % un troupeau de 100 vaches fait perdre environ 77 000 € de marge.

Fin de pâturage : valoriser la dernière herbe sans abîmer la prairie

Chaque jour de pâturage est un jour de stock économisé. L'herbe d'automne vaut presque celle du printemps : distribuez le maïs après le pâturage.

  • Ne descendez pas sous 4 cm : au-dessus de ce seuil, le pâturage d'automne ne pénalise pas le rendement de printemps.
  • Surveillez la portance : sur sol détrempé, réduisez le temps de sortie. La Chambre d'agriculture des Hauts-de-France conseille 1,5 à 2 UGB/ha pour limiter le piétinement (selon votre type de sol, la tolérance varie).

La date de mise à l'herbe se calcule aussi

Votre bilan s'arrête à la mise à l'herbe, et cette date n'est pas fixe : un printemps froid ajoute des jours de stock à trouver. Les conseillers la raisonnent en somme des températures depuis le 1er février. Repères de la Chambre d'agriculture du Tarn (moyennes journalières comptées entre 0 et 18 °C) :

Repères de mise à l'herbe en somme de températures depuis le 1er février (Chambre d'agriculture du Tarn)
Type de prairieSomme de températures depuis le 1er février
Prairie temporaire précoce250 °C-jours
Prairie permanente fertile300 °C-jours
Prairie permanente tardive400 °C-jours

Ces repères varient selon les régions : utilisez ceux de votre chambre. Pour une prairie grillée cet été, préparez si besoin un sursemis de printemps, entre mi-mars et mi-avril.

Suivre la pluie et les températures de vos parcelles avec Sencrop

Sortir ou rentrer les animaux, estimer la mise à l'herbe : ces décisions dépendent de la météo de votre parcelle, pas d'une moyenne régionale (la pluviométrie varie beaucoup d'une parcelle à l'autre).

  • La pluie et le sol. La station Sencrop mesure la pluie (pluviomètre connecté), la température et l'hygrométrie toutes les 15 minutes. La sonde Soilcrop mesure l'humidité du sol à 10, 20, 40 et 60 cm : la surface aide à juger si un sol est trop saturé pour les animaux.
  • La somme des températures. Avec la température de votre parcelle, vous suivez le cumul depuis le 1er février et voyez approcher votre repère de mise à l'herbe.
  • Le radar et les prévisions à 7 jours, calculées à partir de plus de 20 modèles.

Une précision utile : la station mesure la pluie, l'humidité et la température ; elle ne compte pas vos stocks.


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