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Saints de glace : un repère plutôt qu’une réalité ?

Saints de glace : un repère plutôt qu’une réalité ?

Croyance populaire datant du Haut moyen âge, les Saints de glace sont redoutés chaque année dans certains pays d’Europe. Un mythe plus qu’une réalité scientifique…

« Avant saint Servais, point d’été. Après saint Servais, plus de gelées ». C’est l’un des nombreux dictons annonçant l’arrivée des Saints de glace chaque année en France mais aussi en Europe occidentale et centrale. Appelée également « Ice Saints », cette période est attendue chaque année dans l’hexagone entre les 11, 12 et 13 mai avec respectivement la saint Mamert, la saint Pancrace et la saint Servais. On retrouve également quelques croyances de Saints de glace jusqu’au 20 mai avec la saint Bernardin et sa célèbre phrase reprise dans le milieu viticole : « S’il gèle à la saint Bernardin, adieu le vin ».

Les Saints de glace arrivent à une période de l’année où le mercure peut encore chuter, notamment lors de la présence d’un anticyclone permettant, par un effet de rayonnement nocturne, aux températures de baisser. Sans nuages la nuit et avec une flux permettant au froid de revenir sur le territoire, le gel peut alors apparaître en plaine, notamment sur les régions du nord. Sur les zones méridionales, les dernières gelées interviennent généralement en avril avec comme points de repères les saints Cavaliers et les saints Chevaliers qui se fêtent du 23 avril à la début mai.

Et ailleurs en Europe ?

C’est en Allemagne que la croyance s’apparente à celle des français. On attend ainsi chez les professionnels agricoles avec prudence le 15 mai et la célèbre « Sainte Sophie », devenue l’une des Saints de glace dans ce pays voisin de la France. Connue sous le nom de « Kalte Sophie » en allemand, elle se traduit en anglais par « Cold Sophie ». Peu de doutes sur l’origine de la croyance autour de cette sainte. Même chose en Slovénie, avec la « Poscana Zofka ».

Les Saints de glace sont considérés également en Autriche et en Suisse, un peu moins outre-Manche. Au Royaume-Uni, l’une des croyances météo les plus populaires tombe le 15 juillet de chaque année avec la « Saint Swithum’s Day ». Pas question de gel ici mais de pluie ou de beau temps. S’il fait beau à cette date, soleil assuré pour 40 jours ! Mais s’il pleut, pluie assurée… pour 40 jours aussi !

Les Saints de glace : une réalité météorologique ?

Cette période crainte par les agriculteurs et les jardiniers est heureusement avant tout une période de repère, plus que de réalité scientifique. Cette période a un avantage : faire anticiper un éventuel et dernier retour du froid avant la douceur affirmée de la fin de printemps. A l’échelle de la France, le début mai est souvent incertain avec des changements de temps marqués. L’année dernière en 2020, la période des Saints de glace s’est traduite par le retour d’un temps frais avec, c’est vrai, quelques gelées. La région Grand-Est a enregistré -0,7°C à Épinal dans les Vosges, même score dans les Ardennes à Charleville-Mézières. Cependant, les archives de Météo France prouvent que les températures varient énormément d’une année à l’autre. Ainsi entre 2007 et 2009, les Saints de glace sont aux abonnés absents. En 2015, la période est exceptionnelle, même remarquable. On relève 33,7°C à Saint-Etienne le 13 mai. Cette ville située dans la Loire pulvérise alors son record de chaleur précoce. A y regarder de plus près, peu de gelées se sont produites ces dernières années durant cette période de croyance populaire. Météo France rappelle d’ailleurs que « le gel reste possible après les Saints de glace ».

Aujourd’hui, un seul dicton météo a pu être vérifié par notre rédaction : « Quand on voit Jersey, c’est qu’il va pleuvoir, quand on ne voit pas Jersey, c’est qu’il pleut déjà ! ».

par Kévin Floury

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